fév 2013

Dialogue et gouvernance : le moment est venu de monter le son

Conciliation Resources/Clare Richards

Avec une expérience commune de conflits dévastateurs dans leur passé récent, les groupes venus de Guinée, du Libéria et de Sierra Leone avaient de nombreuses histoires analogues à comparer lorsqu’ils se sont rencontrés récemment à Bo, en Afrique de l’Ouest, dans le cadre d’un projet du Fonds pour la gouvernance et la transparence (Governance and Transparency Fund – GTF).

Après des années de violence, il n’est peut-être pas étonnant que les questions post-conflit en présence dans les communautés de la région ouest-africaine de l’Union du fleuve Mano présentent de fortes similarités – les troubles des années 1990 et du début des années 2000 ont laissé un héritage de méfiance, de conflits fonciers, de corruption, de sous-investissement et d’aliénation de la jeunesse.

Nous venons de districts différents mais nous sommes le même peuple et, en nous exprimant d’une voix unifiée, nous pouvons contribuer à résoudre nos problèmes.

Rougia Toutoure, préfecture de Forecariah, Guinée

Durant l’atelier, les participants ont expliqué que leurs voisins exprimaient souvent leur frustration concernant le fait que des leaders distants prennent des décisions sans consultation préalable et que les investissements dans le développement ne parviennent pas aux zones frontalières fragiles. 

En prenant part à ce projet, ils ont pris conscience que la mobilisation communautaire en vue d’une bonne gouvernance est essentielle s’ils veulent que leurs leaders rendent des comptes sur ces questions. 

Afin d’améliorer les perspectives de paix et de développement, cela fait quatre ans que Conciliation Resources travaille avec des partenaires en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone pour coordonner un projet – District Platforms for Dialogue (DPD) – qui a engendré des améliorations remarquables dans la vie quotidienne des populations, et en particulier celle des communautés des régions frontalières marginalisées.

Au lieu d’attaquer les questions, les DPD favorisent le dialogue. Le fait d’apprendre à mener un dialogue et à mettre en œuvre des stratégies nous a beaucoup aidés à renforcer la confiance entre la société civile et les détenteurs du pouvoir.

Melvin Mattia, district de Kambia, Sierra Leone 

Avec le concours financier du Département britannique pour le développement international, le Fonds pour la gouvernance et la transparence (GTF) aide les communautés locales à se sentir concernées par les décisions locales qui les touchent et à y prendre part. 

Ce faisant, les habitants des zones frontalières s’engagent dans des discussions et se font entendre dans le cadre de débats dont ils étaient auparavant exclus.

Durant l’atelier de Bo, en Sierra Leone, ils signalent des résultats tangibles comme l’amélioration des relations avec de grandes entreprises minières et la présence accrue de femmes dans ce qui continue d’être des systèmes de leadership traditionnels dominés par les hommes. Ils aident également plus de voisins à se faire entendre en organisant des émissions-débats sur les stations de radio locales, durant lesquelles des conseillers répondent aux sujets de préoccupation de la communauté. 

L’un des grands avantages de ces groupes est que nous nous rendons compte qu’il n’y a pas une organisation ou un centre d’intérêt plus important(e) qu’un(e) autre – les gens apportent un large éventail de questions à nos réunions, comme les droits des femmes et la violence conjugale, mais aussi des problèmes concernant les jeunes et relatifs à l’extraction des ressources. Ensemble, nous trouvons des moyens d’y répondre et nous voyons vraiment la différence.

Christiana Deen, Sierra Leone

Pour y parvenir, nous avons travaillé avec nos partenaires locaux, le West Africa Capacity Building Centre (CENCAD) et l’Institute for Research and Democratic Development (IREDD) afin de mettre le projet en œuvre dans 25 endroits de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone.

Conciliation Resources a dispensé des conseils, tandis que nos partenaires locaux se sont rendus auprès de chacun des groupes communautaires locaux tous les mois pour les aider dans leurs efforts. Ils renforcent la formation qu’ils ont dispensée sous forme d’activités de dialogue et de plaidoyer afin de permettre aux populations locales d’influer les questions qui les touchent de manière à améliorer les relations au sein des communautés. 

La manière dont le projet de GTF a été mis en œuvre a eu un effet multiplicateur. Ces groupes des District Platforms for Dialogue n’ont pas seulement été établis à court terme. Ils sont basés au sein des communautés et ils connaissent et vivent les problèmes sur lesquels ils travaillent. Cela donne lieu à la confiance, à un sentiment d’appropriation.

Ibrahim Sillah, CENCAD

Tandis que le financement du projet arrive à son terme, les participants se sont rassemblés pour parler des succès remportés et des difficultés rencontrées en cours de route et de leurs plans pour les mois et années à venir. 

Il n’est pas facile de mener des activités de ce type – le fait de devoir les effectuer avec des ressources financières restreintes et des moyens de communication peu fiables est un thème commun soulevé par les participants des trois pays. 

Après plusieurs années d’instabilité, remédier aux tensions et aux faiblesses politiques, infrastructurelles et sociales n’est pas tâche aisée. Cependant, les groupes trouvent de la force un unissant leurs efforts et en voyant la valeur de leur approche intégrée.

Lorsque l’atelier bat son plein, les groupes disent se sentir stimulés par leur propre aptitude à faire avancer les changements à travers des activités de dialogue – ils s’engagent à être des modèles pour les districts voisins, afin d’élargir le réseau de DPD de 74 à plus de 300 groupes au cours des dix années à venir. 

J’ai vraiment le sentiment d’avoir accompli quelque chose : je me sens très heureux de ce à quoi j’ai contribué et aussi à l’idée de ce qui reste à venir.

Harold Aidoo, IREDD

Étant donné que les conflits les plus récents ont tous découlé des tensions frontalières et du mécontentement des communautés, ces groupes apprécient tout particulièrement ce qu’ils ont à gagner en continuant à favoriser une culture de dialogue et de gouvernance réactive.

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