Francine* a passé 5 ans en captivité aux mains de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Tristement célèbre pour l’ampleur de ses atrocités commises en Ouganda, la LRA est désormais dispersée dans les régions frontalières du Soudan du Sud, de la République centrafricaine (RAC) et de la DRC. Depuis 2008, quelque 7 600 civils, dont une majorité de jeunes, auraient été enlevés par la LRA dans ces trois pays.**

Ce groupe armé a eu des conséquences dévastatrices sur les jeunes dans cette région de la RDC. Ceux qui parviennent à s’échapper ont souvent du mal à réintégrer leur communauté. En plus de devoir gérer le grave traumatisme causé par la violence à laquelle ils ont été exposés, ils se retrouvent confrontés au rejet des leurs.
 
Pour Francine, désormais âgée de 18 ans, l’un des nombreux effets pervers de cette longue captivité est qu’elle en a oublié le lingala, langue communément parlée en RDC, au profit de l’acholi, utilisé par la majorité des commandants supérieurs de la LRA.
 
Après s’être enfuie, la jeune fille est rentrée chez elle et a éprouvé des difficultés à communiquer avec les membres de sa communauté. Elle a aussi souffert de la stigmatisation associée au statut de rescapé de la LRA ; nombre de ces survivants sont mis au ban de leurs communautés qui se méfient d’eux, voire les craignent totalement. Comme le relate Francine:

À mon retour du bush, j’avais beaucoup de problèmes. La communauté ne m’aimait pas. Parfois, je partais dans le bush pour pleurer. Mais, je n’avais personne vers qui me tourner. J’ai commencé l’école, mais les autres élèves refusaient de me côtoyer ; ils m’avaient surnommée “LRA”. Même les enseignants étaient contre moi.

À cette époque, Francine a entendu à la radio que notre organisation partenaire, la Commission diocésaine de justice, paix et réconciliation (CDJPR) recueillait les noms des rescapés de la LRA dans la région:

J’ai entendu à la radio que cette organisation aidait les rescapés rentrés du bush. On m’a dit qu’elle pouvait réellement me venir en aide.

La CDJPR a mis en relation Francine avec le centre de formation « les Amis de Matondo » (CFAM) qui organise des réunions et des ateliers pour les jeunes rescapés de la LRA. De septembre à décembre 2017, le CFAM a accompagné 22 rescapés de la LRA, dont Francine, dans le retour à une vie normale après leur captivité. Cet accompagnement mêle soutien psychologique, formation à la résolution des conflits, travail de développement communautaire et apprentissage d’un métier. Comme l’explique Francine:

Ils ont commencé à m’apprendre la couture et la confection. Ils m’ont donné des conseils sur ma réadaptation à une vie normale après le bush. Ils ont été de très bon conseil.

 

Sewing in democratic republic of congo
Conciliation Resources

 

Tout ce qu’elle a appris là-bas lui permet désormais non seulement de gagner sa vie, mais aussi d’interagir avec les autres membres de sa communauté, contribuant ainsi à changer progressivement leur regard sur elle:

Quand les gens de la communauté ont vu que je faisais du bon travail, ils se sont mis à me confier la confection de leurs vêtements. Le CFAM continue de me rendre visite, de m’encourager et de me guider dans ma réintégration.

Jacques Tati Tarule est le directeur du CFAM:
 

Nous commençons à voir une transformation positive dans la vie de ces jeunes rescapés qui ont rejoint nos activités de groupe. La formation leur permet de sympathiser avec d’autres jeunes. Ils discutent et effectuent des travaux communautaires ensemble. Le comportement des jeunes rescapés, souvent difficile au début, s’adoucit au fil des jours.

En travaillant avec des organisations locales telles que la CDJPR, Conciliation Resources non seulement favorise la réintégration des rescapés mais aussi forme les jeunes à prévenir les conflits au sein de leur communauté. Alors que les jeunes sont traditionnellement perçus comme des agitateurs ou des victimes de conflit, nous cherchons à renforcer leur rôle dans la prévention de ces derniers et à les aider à trouver d’autres voies que celle de la violence.
Pour en savoir plus sur notre travail auprès des jeunes en République démocratique du Congo.
* Le prénom a été changé
**LRA Crisis Tracker - www.lracrisistracker.com